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Carl Gustav Jung sur l’importance des rêves

« Quand nous considérons l’histoire de l’humanité, nous ne distinguons que la couche la plus superficielle des évènements, troublée en outre par le miroir déformant de la tradition.  »

« Ce qui s’est passé au fond échappe au regard même le plus scrutateur de l’historien, car la marche propre de l’histoire est profondément cachée, vécue par tous et masquée au regard de chacun. Elle est faîte de vie psychique et d’expériences privées et subjectives au suprême degré. Les guerres, les dynasties, les bouleversements sociaux, les conquêtes et les religions ne sont que les symptômes les plus superficiels d’une attitude spirituelle fondamentale et secrète de l’individu, attitude dont il n’a lui-même pas conscience et qui par suite échappe à l’historien; ce sont peut-être les créateurs de religions qui sont à cet égard les plus révélateurs. Les grands évènements de l’histoire du monde sont, au fond, d’une insignifiance profonde. Seule est essentielle, en dernière analyse, la vie subjective de l’individu. C’est celle-ci seulement qui fait l’histoire; c’est en elle que se jouent d’abord toutes les grandes transformations; l’histoire entière et l’avenir du monde résultent en définitive de la somme colossale de ces sources cachées et individuelles. Nous sommes, dans ce que notre vie a de plus privé et de plus subjectif, non seulement les victimes, mais aussi les artisans de notre temps. Notre temps – c’est nous!

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Quand je conseille à mon malade: « Prêtez attention à vos rêves », j’entends par là: « Revenez à ce qu’il y a de plus subjectif en vous, à la source de votre existence et de votre vie, à ce point où vous participez, à votre insu, à l’histoire du monde. L’obstacle, d’apparence insurmontable, auquel vous vous heurtez doit être effectivement une difficulté insoluble, afin que vous ne continuiez point à vous consumer à la recherche de remèdes dont l’inefficacité est démontrée d’avance. Vos rêves sont l’expression de votre nature subjective; c’est pourquoi ils peuvent vous révéler par quelle faute d’attitude vous vous êtes fourvoyé dans une impasse.  »

En fait, les rêves sont des produits de l’âme inconsciente; ils sont spontanés, sans parti pris, soustraits à l’arbitraire de la conscience. Ils sont pure nature et, par suite, d’une vérité naturelle et sans fard; c’est pourquoi ils jouissent d’un privilège sans égal pour nous restituer une attitude conforme à la nature fondamentale de l’homme, si notre conscience s’est éloignée de ses assises et embourbée dans quelque ornière ou quelque impossibilité.

Méditer ses rêves, c’est faire un retour sur soi-même. Au cours de ces réflexions, la conscience du moi ne médite pas sur elle seule; elle s’arrête aux données objectives du rêve comme à une communication ou à un message provenant de l’âme inconsciente et unique de l’humanité. On médite sur le Soi et non sur le Moi, sur ce soi étranger qui nous est essentiel, qui constitue notre socle et qui, dans le passé, a engendré le moi; il nous es devenu étranger, car nous nous le sommes aliéné en suivant les errements de notre conscience. »

Carl Gustav Jung – Extrait de « L’homme à la découverte de son âme »

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