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Insomnie et sommeil yoguique

5h du matin. Plusieurs heures déjà que j’observe les heures s’écouler consciemment. Mes insomnies ne sont heureusement pas toutes aussi sévères, mais parfois, je passe la nuit ainsi, dans mon lit, dans cet état paradoxal où l’on tombe de fatigue sans pouvoir basculer pour autant dans l’inconscience du sommeil profond.

Pourtant je ne suis pas une personne stressée. Quelque chose, probablement dans la subtile alchimie du cerveau, me prive de ce repos. La pratique de la méditation m’a heureusement beaucoup aidée ce dernières années. Elle m’a permis de voir dans mes insomnies une occasion privilégiée pour tenter d’en savoir plus sur la nature de la conscience, de l’esprit humain. Je les ai acceptées, intégrées comme faisant partie de moi, de qui je suis. Là où avant je tournais et retournais sur moi-même, exaspérée de ne pouvoir trouver le sommeil, je suis devenue capable désormais de m’allonger sereinement, d’observer le temps qui s’écoule, de méditer.

Parfois, quand mon énergie est bonne, je me lance dans une pratique méditative plus profonde, sur plusieurs heures. La méthode est toujours plus ou moins la même.  Il s’agit de s’allonger sur le dos, bien droit, de détendre les moindres tensions musculaires pouvant exister jusqu’au point où le corps ne devient plus perceptible, d’observer l’espace entre les sourcils, de ralentir la respiration, d’observer les pensées, qui disparaissent petit à petit sans effort.

En faisant cela, beaucoup de choses peuvent se produire, et chaque pratique est différente. Parfois, quand mon corps physique est très fatigué alors que mon esprit reste vif, j’arrive à ressentir ce corps qui s’endort doucement. Après plusieurs centaines de sorties de corps conscientes, j’ai parfaitement intégré le fait de notre nature multidimensionnelle, ce qui me permet de percevoir mon corps physique comme l’une des couches me constituant, et non pas comme la définition de qui je suis. Une couche, un véhicule, qui a ses besoins propres, qui peuvent ne pas être les mêmes, à un instant donné, que ceux des autres parties de mon être.

Autoriser son corps à s’endormir, alors que l’esprit ne souhaite pas sombrer dans l’inconscience, c’est quelque part une preuve d’amour, de tolérance, envers chaque partie de nous-même. C’est reconnaître les besoins indépendants de chacune de nos parties, et tenter d’y répondre.

Quand on plonge ainsi dans ce que l’on appelle le sommeil yoguique, ou sommeil conscient, le corps physique s’endort doucement, comme il le fait d’habitude durant le sommeil « normal », sauf que l’esprit, lui, reste totalement éveillé. On est alors capable d’observer toutes les modifications physiologiques du corps qui s’endort: les énergies, la respiration qui changent. On apprend à détecter ainsi les signes de notre corps endormi. Dans cet état, l’esprit éveillé est serein. C’est particulièrement agréable. La méditation devient bien plus profonde, et l’observation du temple intérieur de l’esprit prend une autre ampleur. Un esprit multidimensionnel lui aussi, si difficile à cerner par notre mental limité, surtout lorsque l’on devient conscient des mouvements simultanés de celui-ci, sur des plans différents. On est présent ici, mais aussi là-bas. On perçoit le corps, endormi, et pourtant, parfois, on sait que l’on est aussi ailleurs. Ces perceptions, ces rêves, peuvent prendre toute la place durant un laps de temps donné. L’inconscient passe alors dans la sphère consciente. Nous sommes totalement ailleurs, puis l’esprit revient au corps à nouveau, et tente d’interpréter cette mémoire issue de l’expérience qui vient d’être vécue. Les mouvements s’enchaînent ainsi, pendant plusieurs heures parfois, jusqu’au moment où le corps sort de sa torpeur. Il est alors temps à l’esprit de reprendre possession du corps. D’abord les doigts, les mains, les pieds, les membres, puis le corps s’étire plus pleinement. On sent le mouvement des énergies qui circulent à nouveau. Le corps s’est reposé, l’esprit, lui, s’est observé lui-même pendant tout ce temps, pour essayer de mieux se connaître.

Les insomniaques ont ce potentiel extraordinaire en eux, mais ne le savent que trop rarement. Toutes ces heures, la nuit, sont les plus propices à vivre des expériences particulièrement enrichissantes, qui vont nourrir et éveiller la conscience. Ce travail, sur des plans profonds de l’Inconscient, ou du Subconscient, peuvent avoir pour effet de libérer des traumas, des blessures, de prendre confiance en soi, d’ouvrir l’esprit pour le rendre moins rigide, le libérer des croyances et des certitudes qui bloquent toute évolution. La conscience s’éveille, pendant que le corps se repose pleinement.

Si la pratique du sommeil yoguique (ou yoga nidra) ne va pas « guérir » l’insomniaque, elle va tout de même permettre à la personne de ne plus vivre ses nuits blanches comme un traumatisme. Le repos, même si il est moins parfait que lors d’une nuit « normale », devient enfin possible. Les nuits ne sont plus appréhendées avec inquiétude, mais comme un instant privilégié de reconnexion à Soi.

Cette faculté à ne pas s’endormir en quelques instants une fois allongé, est un don qui s’avère très précieux dans les pratiques méditatives…. Bonne nuit à vous :)

 

Une réflexion sur “ Insomnie et sommeil yoguique ”

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