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Tantra Yoga, le Tantra de la Connaissance Suprême

Extrait de « Tantra Yoga – Le Yoga de la Connaissance Suprême » de Daniel Odier

Le yoga des sens est à la fois l’aspect le plus célèbre et le moins bien compris du tantrisme. Dès les années soixante, par un puritanisme qui nous est propre, nous nous sommes emparés d’un enseignement sacré pour servir de parapluie spirituel à l’élan spontané d’une libéralisation et d’une ouverture dont nous avions besoin.
La négation de la sexualité est si bien ancrée en nous que nous avons toujours eu besoin d’une excuse métaphysique pour libérer le corps. Partis avec cette obsession, nous inventâmes un tantrisme sur mesure où le sexe devint la voie royale de la libération, et où toute la richesse des enseignements authentique fut occultée, d’abord parce qu’elle n’était pas connue, puis parce qu’elle gênait notre projet hédoniste. Heureusement, depuis, le tantrisme cachemirien est parvenu jusqu’à nous grâce à des maîtres cachemiriens et occidentaux qui en ont reçu la transmission et qui rétablissent par leur enseignement la splendeur de cette voie infinie.

La liberté tantrique demande une ascèse profonde qui touche à toutes les couches de l’être jusqu’à l’inconscient, la conscience de tréfonds. Elle transforme, par le yoga exposé dans le Vijnanabhaïrava tantra, toutes les tendances réductionnistes. Alors seulement, ayant expérimenté le samâdhi profond, l’extase originelle, le tântrika pourra, sous la direction d’un maître authentique appartenant à une lignée, réaliser la grande union à la fin de laquelle il y aura une montée fulgurante de la Kundalini, l’énergie des profondeurs. Sans cette lueur frémissante, tout exercice ou rituel sexuel est une pratique délicieuse, qui permet à la sexualité de découvrir une nouvelle fraîcheur, un retour à la conscience de l’acte, mais totalement illusoire quant à ses rapports avec le sâdhana ou le rituel tantrique!

Pour bien comprendre l’approche tantrique, il est important de saisir que, dès les origines, les maîtres n’ont pas isolé la sexualité, mais l’ont considéré comme l’une des nombreuses facettes de l’énergie humaine qu’il fallait prendre en compte dans la quête mystique, sous peine de blocages ultérieurs et de confrontation avec « ses démons ». Dans le tantrisme, il est tout à fait conseillé d’assouvir ses désirs sexuels, mais AVANT de commencer une sâdhana. Rien dans le tantra n’est de l’ordre du « faire » mais au contraire de l’ordre de l' »être ». Au cliché habituel de ceux qui prétendent « faire du tantra », je dirai qu’il s’agirait plutôt de laisser le tantra « être en nous », car il n’est pas un ensemble de techniques destinées à assouvir nos désirs, mais une voie de libération par l’amour absolu.

L’idée de la sexualité tantrique est très large puisqu’elle concerne l’intégralité des contacts des sens avec la réalité dans la présence constante de la conscience. Tout contact est amoureux, celui du regard qui se dissout dans le ciel ou dans l’obscurité, celui de la peau qui ressent la caresse du vent, celui de l’ouïe qui goûte une mélodie ou celui de la respiration qui participe aux pulsations du monde. Le tântrika, en étant totalement présent à la réalité, nourrit et épanouit le coeur si ces contacts ont lieu dans l’absence d’ego, alors qu’il l’obscurcit et devient l’esclave des énergies lorsque ces contacts ont lieu dans une quête liée à l’ego. Alors, au lieu d’épanouir le coeur, l’adepte renforce les noeuds qui le lient à la souffrance, et fait connaissance avec « les maîtres des centres, effroyables, qui le trompent encore et encore! » dit Abjinavagupta.

Comment alors progresser vers cette ouverture du coeur par l’usage des sens? C’est avant tout par le développement de la pleine conscience qui balaie sans cesse la totalité de nos sensations. Cette présence au monde, à sa réalité, cette attention, cette pleine communication s’établit en prenant conscience du parcours de chaque sensation qui émerge de l ‘espace et y retourne.  Ce glissement, cette acceptation de la réalité s’étend peu à peu à nos pensées, à nos émotions, à notre respiration. Le tântrika se sent alors de plus en plus présent à la réalité, en même temps que se déploie en lui le sens divin de cette communication qui résorbe l’angoisse, les limitations cognitives et la peur fondamentale. Tout ce qui émerge s’autolibère alors dans un mouvement continu.

En osant considérer l’intégralité de ce qui est comme voie mystique, le tântrika se libère peu à peu des blessures, de la communication égoïste et de la souffrance qui en résulte. Il se sent progressivement envahi par un calme et une harmonie qui lui permettent d’accéder à l’amour. Lorsque, par cette présence continue au monde, le tântrika connaît l’extase mystique, lorsqu’il communique pleinement avec l’absolu dont la réalité se trouve gorgée, il est alors possible que son maître, pourvu qu’il l’est expérimenté lui-même, lui transmette l’initiation sexuelle de la grande union. Mais cette initiation peut avoir lieu par le regard, par le toucher, par le rêve ou par l’accomplissement du rituel.

Le rituel tantrique, Union Sacrée
Le rituel tantrique, Union Sacrée

Pour connaître ce stade, il faut comprendre que l’union n’est pas un moyen de parvenir à l’extase mystique, car elle n’a lieu qu’après le ferme établissement de cette extase! Comme l’écrit Ksmerâja : « Pour faire l’expérience de cet état de caryâ-krama, un yogin doit avoir atteint la plénitude du coeur. Son esprit doit avoir l’infinitude de l’Océan, car c’est un Océan dont tous les courants s’apaisent et reposent silencieusement. »

Extrait de « Tantra Yoga – Le Yoga de la Connaissance Suprême » de Daniel Odier

L’image du bandeau représente Bhaïrava, la forme « courroucée » de Shiva, dont vous pourrez trouver le récit de sa légende ici :  http://magiedubouddha.com/p_thai-pirab1.php

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